[Archives] Visite de la maison d’arrêt des femmes de Versailles

Publié le 17 juin 2010

Discours de Mme Alliot-Marie, ministre d'Etat, garde des Sceaux, ministre de la justice et des libertés

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4 minutes

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Monsieur le Premier Président,

Monsieur le Procureur Général,

Mesdames et Messieurs,

Les prisons doivent donner tout son sens à la détention : protéger la société, sanctionner les actes de délinquance et les actes criminels, mais aussi aider à la réinsertion des détenus.

C’est la clé de la lutte contre la récidive.

C’est le sens de ma politique pénitentiaire.

Pour préparer la réinsertion, des liens doivent être maintenus entre la vie en prison et la vie en société.

Liens familiaux. Liens professionnels. Liens humains.

Liens avec la société dans laquelle la plupart des détenus ont vocation à revenir.

L’expérience menée à la maison d’arrêt de Versailles le montre : le temps de la détention peut être un temps utile.

La reconstruction des personnes détenues passe par l’activité.

Je n’accepte pas qu’un détenu puisse rester inactif dans sa cellule 22 heures sur 24.

La prison doit donner aux personnes les moyens de concevoir et de préparer sa sortie de prison.

L’obligation d’activité est désormais inscrite dans la loi.

Les détenus ont obligation de participer à une activité proposée par l’administration pénitentiaire.

Pour donner tout son sens à cette prescription légale, j’ai fixé l’objectif de 5 heures d’activité par jour et par détenu.

Parmi les activités proposées, l’activité professionnelle est un moyen privilégié de lutter contre la récidive.

La volonté de travailler est un premier pas vers la réinsertion. Elle conditionne une préparation efficace de la sortie de prison.

L’activité professionnelle en détention suppose un partenariat avec les entreprises.

Ici, un centre d’appel téléphonique emploie 20 femmes détenues.

Des formations qualifiantes sont dispensées. Elles leur permettent ainsi de se projeter dans l’avenir pour préparer la sortie de prison.

Je veux remercier la société MKT Sociétal et ses dirigeants, Mme GERADON DE VERA et M. LE GALL.

Je me suis rendue à Rennes à l’automne dernier, où une expérience similaire est menée.

J’ai pu constater les effets bénéfiques de ces activités sur les détenues.

Mesdames et Messieurs,

De telles initiatives auraient été inenvisageables il y a même 10 ans.

Le développement des activités en détention s’inscrit dans une nouvelle philosophie de la politique pénitentiaire.

Une exigence guide mon action : je veux faire de la prison le premier instrument de la lutte contre la récidive.

Ma stratégie se fonde sur trois objectifs : développer les partenariats, transformer le cadre de détention, favoriser les aménagements de peine.

Pour développer l’activité en détention, j’ai engagé une démarche de partenariat.

Partenariats avec les entreprises, bien sûr.

Les entreprises d’insertion par l’économique peuvent désormais participer au travail des détenus. Je veux les y encourager.

Des accords existent avec le MEDEF. J’ai donné instructions aux directeurs interrégionaux de les décliner au plan local.

Partenariats institutionnels

- avec le ministère de l’éducation nationale, pour développer l’enseignement en détention ;

- avec le ministère de la culture pour développer les activités culturelles en détention.

Partenariats avec chaque acteur de la société civile soucieux de participer à l’effort de modernisation de la politique pénitentiaire.

C’est par exemple le cas de la fondation du groupe M6, avec laquelle j’ai récemment signé une convention visant à développer les activités en détention.


Deuxième objectif, je veux transformer le cadre de détention.

Le nouveau programme immobilier le permettra.

- Pour rompre avec le cercle vicieux de l’inactivité, les établissements nouvellement construits réserveront une place plus importante aux espaces d’activités.

- Je veux rompre avec la logique d’uniformité des établissements pénitentiaires.

Il faut prendre en compte la différence des détenus, de leur profil, de leur dangerosité, de leur capacité de réinsertion.

- Je veux rompre avec une conception déshumanisée de la prison.

C’est pourquoi il sera mis fin au « tout béton » qui gouverne le programme actuel.

Des espaces de verdure seront aménagés, au profit des détenus comme des personnels.

La configuration renforcera les liens humains entre surveillants et détenus.

Développer les aménagements de peine enfin.

Semi-liberté, placement à l’extérieur et placement sous surveillance électronique sont autant de moyens d’éviter que le détenu passe, du jour au lendemain, de l’incarcération à l’absence totale de cadre et de repères.

Les conditions d’octroi d’un aménagement de peine sont désormais facilitées, dès lors que le condamné présente un projet d’insertion.

Aujourd’hui, 16% des écroués bénéficient des aménagements de peine. Cela représente une augmentation de 16% en une année.

Je n’entends pas m’arrêter là.

J’ai donné instruction aux procureurs généraux de favoriser plus largement le recours aux aménagements de peine, quand la situation le justifie.

Mesdames et Messieurs,

 

En améliorant les conditions d’incarcération des détenus, je veux donner tout son sens à la peine d’emprisonnement.

En diversifiant les modes d’application de la sanction pénale, je veux adapter le service public pénitentiaire aux besoins de la société.

Plus humaine, notre justice sera plus efficace, plus respectée, plus à même de faire respecter la loi, plus protectrice pour l’ensemble de nos concitoyens.

Je vous remercie.